Une Longue Histoire

 

 

 

Au début du siècle, les hommes, en chômage technique hivernal dans les champs, sortaient leurs bourgeoises dans les salles de café où elles ne mettaient jamais les pieds. C'était toujours après la Saint-Martin.

Un bon crieur faisait la réussite de la soirée, et c'est encore vrai : c'est lui la personne honnête qui boulègue (de l'occitan «bolega», remuer) les boules portant les numéros, et énonce le produit du hasard.

André Lagarde, grand connaisseur des us et coutumes occitans maintient que le crieur adorne encore l'énoncé fatidique du nombre, d'un piquant commentaire de son cru.

Le loto serait apparu avec les Romains qui y jouaient avec des fèves, mais la thèse est combattue ; en réalité, le loto à résultat immédiat («boulègue !») serait né à Gênes, où, dès le XVIe, les Gênois se faisaient plaisir en pariant sur les membres de leur Sénat qui gouvernait cette République souveraine... où la stabilité politique se jouait également aux dés.

D'où ce nom italien de «lotto» (lot) collé aux 24-cartons et aux 90-boules.

Le loto public servit et sert encore à renflouer les caisses des rois guerriers ou des princes dispendieux : il sera introduit en France par le beau Casanova.

Dans sa version maïs, ce jeu privé et familial atteindra la France également au milieu du XVIII-e.

Et pour la petite histoire, les cartons pleins se retrouvèrent aussi parmi les émigrants aux Etats-Unis : le mot «quine» fut d'abord en usage pour nommer le loto, puis donna, par dérivation «quine», «quino», puis keeno...

Ce Keeno à l'américaine nous revient aujourd'hui, en loto d'Etat, brillant auxiliaire du percepteur.